INTERVIEW COORDONNATEUR NATIONAL D’ANACARDE/ ANADER        

INTERVIEW COORDONNATEUR NATIONAL D’ANACARDE/ ANADER

Premier producteur mondial de noix brute de cajou, la Côte d’Ivoire vient de consolider ce rang par une production record de 902.000 T pour la campagne 2020. L’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER), leader du Conseil Agricole et Rural à travers son programme « conseil agricole dédié à l’anacarde » n’est pas étranger à ce succès. Afin donc de situer le public sur l’implication de l’ANADER à l’atteinte de ce résultat, Monsieur Bassoumori TRAORE Coordonnateur national chargé des Filières Coton, Anacarde, Mangue et Foresterie a accordé un entretien à la Direction de la Communication et des Relations Publiques (DCRP) de l’Agence. Entretien

1- La Côte d’Ivoire consolide sa position de premier producteur mondial de noix brute de cajou avec une production record de 902 000 T pour la campagne 2020. Que vous inspire ce résultat fortement apprécié par le Gouvernement ivoirien ?
L’ANADER, à l’instar de toutes les parties prenantes dans la gestion de la cajouculture en Côte d’Ivoire dont le Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil Agricoles (FIRCA) et le Conseil du Coton et de l’Anacarde (CCA), se réjouit de ce résultat satisfaisant. En effet, ces résultats sont le fruit de l’engagement et l’implication de l’ensemble des agents de ces trois structures précitées dans la mise en œuvre du projet de conseil agricole dédié aux producteurs d’anacarde.

2- L’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER), leader du conseil agricole et rural en Côte d’Ivoire à travers son programme « Conseil agricole dédié à l’anacarde » a-t-elle eu un impact sur ce résultat ?
La contribution de l’ANADER à l’obtention de ce résultat, qui honore notre pays est sans équivoque.
C’est le lieu de rappeler que de 2012 à 2014, l’ANADER, avec l’accompagnement financier du FIRCA, a initié et exécuté à Bouna, Tengrela et Zuenoula le projet pilote de conseil agricole aux producteurs d’anacarde et à leurs Organisations Professionnelles Agricoles. Le bilan de ce projet pilote a permis à l’Agence de documenter et d’affiner sa stratégie d’intervention pour la fourniture de conseil agricole adapté aux producteurs d’anacarde.
Ainsi, des thèmes techniques et des messages de sensibilisation sur les Bonnes Pratiques Agricoles (BPA) ont été élaborés et consignés dans des modules de formation. Ces supports pédagogiques portent sur les techniques de création de plantation d’anacardiers, l’entretien de plantation d’anacardiers, les opérations de récolte et post-récolte, la reconnaissance et la lutte contre les maladies, les insectes ravageurs de l’anacardier et la qualité du produit marchand. Ces différentes technologies sont dispensées aux cajouculteurs à travers les outils de vulgarisation et lors des émissions diffusées dans les radios locales partenaires de l’ANADER.
Il faut préciser qu’avec l’avènement du Projet de Promotion de la Compétitivité de la chaine de valeur Anacarde (PPCA), qui finance le conseil agricole anacarde depuis 2018, l’ANADER apporte son expertise à la réhabilitation des anciennes plantations d’anacardiers (qui sont des forêts d’anacardiers) et à l’appui à la création de plantations avec les plants greffés d’anacardiers de haut rendement (2 à 3 tonnes /ha). Par ailleurs, des données de résultats sur les cajouculteurs, leurs ménages et exploitations sont collectées pour alimenter une base spécifique de données sur les producteurs formés. En fin d’année 2019, le nombre de ceux-ci s’élevait à 157.120 cajouculteurs dont 14 % de femmes.
Sans épuiser tous les volets du sujet, vous voyez bien que l’ANADER joue un rôle prépondérant dans le développement de la cajouculture en Côte d’Ivoire.

3- Combien d’agents de l’ANADER sont engagés pour la cajouculture ?
Depuis 2014, l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER) a déployé sur le terrain un dispositif humain constitué d’un personnel dédié à la filière anacarde dans le but de fournir le conseil agricole aux producteurs de cette spéculation. Ce personnel est composé d’agents dédiés composé de 274 Conseillers Agricoles Anacarde et 35 Techniciens Spécialisés Anacarde. Ainsi que d’un personnel d’appui dont 1 Coordonnateur national et son adjoint, 5 Coordonnateurs Régionaux Anacarde, 34 Techniciens Spécialisés en Organisations Professionnelles Agricoles et 34 Enquêteurs dans tout le bassin anacardier du pays. Hormis ceux-ci, d’autres catégories d’agents de la Direction générale, des cinq (5) Directions régionales concernées et les trente-quatre (34) zones impliquées dans l’exécution du projet contribuent largement à la mise en œuvre des activités. En somme, on peut estimer à environ 500 agents de l’Agence mobilisés pour la gestion de la cajouculture dans notre pays.

4- La Côte d’Ivoire pourra-t-elle maintenir ce niveau de production lors des prochaines campagnes ? Si oui, quelles sont les facteurs qui l’indiquent ?
Oui, nous pouvons affirmer que la Côte d’Ivoire pourra maintenir ce niveau de production et par ricochet conserver sa place de leader mondial de production de noix brute de cajou. En effet, chaque année avant le lancement d’une nouvelle campagne, l’ANADER et ses partenaires définissent un plan d’actions, un tableau de bord et un cahier de charges. Ces documents d’opérationnalité constituent des substrats que l’ANADER exploite pour élaborer les activités à mener et leurs stratégies de mise en œuvre au profit des producteurs. Ces actions sont nécessaires à l’atteinte des objectifs annuels fixés par l’ensemble des partenaires.
Ainsi chaque année, des thèmes en rapport avec le calendrier cultural de l’anacardier sont retenus et dispensés aux producteurs d’anacarde à travers des outils classiques de vulgarisation, des animations par des Techniciens spécialisés Anacarde (TSA) et des Techniciens Spécialisés en Organisation
Professionnelle Agricole (TSOPA). Ce plan de communication se caractérise par la diffusion d’émissions dans au moins deux langues parlées dans la localité concernée.
Il important de souligner que pour renforcer cette stratégie de communication, l’Agence innove sa méthode d’intervention au profit de la Filière Anacarde en faisant recours à la vulgarisation électronique. En effet, l’ANADER a mis en place un centre d’appel, un serveur vocal et un laboratoire électronique qui constituent un système privilégié pour diffuser les messages techniques aux producteurs selon le calendrier cultural de l’anacardier et selon les centres d’intérêt des appelants.
Cette dynamique rassure bien que des efforts sont faits, au quotidien, tant entre les partenaires que sur le terrain pour accroitre la productivité, améliorer la qualité des noix brutes de cajou afin d’améliorer le revenu des producteurs bénéficiaires du conseil agricole.

5- En terme de quantité de production, on peut aisément dire la Côte d’Ivoire atteint ses objectifs. Le Gouvernement est engagé désormais à relever le défi de la qualité. Quelles sont les actions menées par l’ANADER auprès des producteurs dans ce sens ?
En vue d’améliorer la qualité des noix brutes de cajou, l’ANADER réalise un suivi post-formation accru des producteurs formés de manière à les emmener à appliquer et à adopter les bonnes pratiques agricoles (BPA) de l’anacardier dispensées dans les outils de vulgarisation. Par ailleurs, il est utile de préciser que l’ANADER a élaboré des supports pédagogiques adaptés à l’Andragogie. Ces documents serviront à la formation des producteurs d’anacarde sur la qualité du produit marchand et ses conditions de stockage à travers les outils classiques de vulgarisation et à travers des campagnes d’information et de sensibilisation dans les radios locales partenaires de l’Agence.
De même, l’ANADER mettra l’accent sur la sensibilisation de masse des acteurs (notamment les producteurs, les Coopérateurs, acheteurs, les pisteurs, etc.) sur l’intérêt d’être exigeants sur la qualité du produit marchand, qui doit être bien séché, bien trié et ne comportant pas de corps étrangers.
Enfin, l’ANADER contribuera activement et efficacement à la distribution des sacs de jute aux producteurs d’anacarde en vue de garantir la qualité de la noix brute conditionnée, origine Côte d’Ivoire.

6- Quels sont les défis à relever pour faire de l’anacarde, le produit d’exportation phare de la Côte d’Ivoire ?
Il nous faut pour cela impérativement relevé le défi de la qualité. Pour ce faire, l’ANADER prendra toutes les dispositions utiles afin de permettre aux producteurs d’adopter les Bonnes Pratiques Agricoles (BPA) gage indispensable pour une production en quantité et surtout en qualité. Par ailleurs, l’Agence formera les producteurs à l’Ecole d’Entreprenariat Agricole (EEA) pour une gestion efficace de leurs exploitations et de leurs ménages. Enfin, elle appuiera les producteurs à diversifier leurs productions afin d’accroitre leur revenu et assurer la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire.

7- Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice dans vos différentes activités sur le terrain ?
Les principales contraintes rencontrées dans la fourniture du conseil agricole dédié aux producteurs d’anacarde se présentent comme suit : La signature tardive de la convention spécifique annuelle entre les parties prenantes (ANADER, FIRCA et le CCA), la vétusté des ordinateurs commis à la tenue des bases de données dans les zones, la démotivation et le désintéressement des producteurs à participer aux sessions de formation suite au non-respect des prix dans les localités par les acheteurs et leurs pisteurs, l’indisponibilité de certains producteurs aux sessions ordinaires de formation, ceci est due à la multiplicité de leurs activités champêtres et aux évènements d’ordre social (cérémonies funéraires…). Il faut aussi ajouter l’insuffisance de main d’œuvre pour l’entretien des plantations d’anacardiers, l’incapacité de certaines sociétés coopératives à mobiliser leurs membres, le manque de kit pour la détermination du KOR (Kernel Out put Ratio) par les CAA dans les CV (un kit par zone), l’absence d’acheteurs de noix brutes dans plusieurs localités, la rétention des noix brutes de cajou par des producteurs suite à la baisse du prix pratiqué bord champ, ce qui entrave l’organisation des ventes groupées et le mauvais stockage des produits par défaut de local approprié. Il y a le retard dans le démarrage des activités de réhabilitation de masse.
Enfin, la pandémie de la COVID-19 a freiné l’évolution des activités du projet à cause de la frayeur créée au sein des producteurs et même des agents d’encadrement.
Face à toutes ces contraintes relevées, des axes d’amélioration sont proposés par l’ANADER afin d’atteindre les objectifs dans le délai. Il s’agit d’entre autres, du préfinancement de l’exécution des activités du moment en attendant la signature du contrat de prestation entre l’ANADER (DR et siège), le FIRCA et le CCA, ce qui permettra de mettre à disposition à temps les ressources financières pour une meilleure conduite des activités selon le calendrier cultural de l’anacardier, l’organisation et la tenue de sessions de rattrapage au profit des producteurs absents aux sessions normales dans les CEP et FV, la suggestion aux producteurs de mettre en place des groupes d’entraide et de réserver un fonds après la vente des produits pour assurer l’entretien des plantations. Il y a aussi la détermination du KOR (Kernel Out put Ratio) au niveau de la zone par l’utilisation du seul KIT disponible (ce qui est global et ne donne pas de précision du niveau de cet indice important de qualité dans les pays ruraux), la sensibilisation des dirigeants de sociétés coopératives sur l’intérêt de mobiliser leurs membres en vue de mener la vie associative dans les meilleures conditions et la sensibilisation des agents et des producteurs sur les mesures barrières contre la COVI-19.




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